El Kapoutchi : de « side project » à balado à succès

« On trippe! », m’a répété plus d’une fois Pascale Richard en parlant d’El Kapoutchi, un projet de balado et de littérature jeunesse qu’elle mène avec Alexandre Courteau depuis cinq ans. S’il existait une page Wikipédia pour l’expression « passion palpable », leurs photos s’y trouveraient. 

Pascale et Alexandre ont d’abord travaillé ensemble à Bande à part. La chaîne a cessé ses activités en 2013, mais ils sont restés à Radio-Canada, un étage plus bas : il anime aujourd’hui une quotidienne sur ICI Musique et elle réalise des émissions à la même station. 

Puis un bon jour, en dehors des heures normales de bureau : « On a voulu inventer quelque chose de toutes pièces […] et on s’est lâché lousse! », raconte Pascale. 

Ça a donné El Kapoutchi, un personnage aussi drôle que haïssable. La réception a été extraordinaire, les enfants l’adorent. Ses aventures ont été racontées dans douze balados, trois livres – un 4e sortira au printemps aux éditions La Bagnole -, et  Ohdio offre désormais une nouvelle histoire par mois. La dernière, Le grand cirque d’El Kapoutchi, est maintenant disponible sur la plateforme.

Bref, El Kapoutchi, qui était à l’origine un side project, grandit plus vite que son auditoire! 

💡 Pour savoir d’où vient mon intérêt pour les side projects (ma démarche)

IL SORT D’OÙ, EL KAPOUTCHI? 

Créer des histoires pour les enfants, ça les allume. Vraiment. En les écoutant raconter les débuts d’El Kapoutchi, on comprend assez vite qu’ils ont l’imagination et la drive qu’il faut pour travailler dans cet univers-là. Dommage que je n’ai pas l’audio de notre entretien!

Le personnage d’El Kapoutchi est une création des Courteau. Un mot inventé par son fils, raconte Alexandre à La Presse, qu’il a attrapé au vol pour en faire une histoire audio. Il l’a enregistrée en studio après l’une de ses émissions, puis il l’a envoyée à Pascale, pour sa fille. 

« Cette idée-là, il ne faut pas la laisser tomber! », lui a répondu sa collègue. Ils savaient qu’il tenait quelque chose d’important.  

D’abord, parce que l’idée les faisait tripper, et rire – c’était bon signe! -, et parce qu’ils voyaient le potentiel d’un balado jeunesse. On se rappelle qu’il y a quelques années, il y avait peu de balados pour ce public. 

Et ensuite? 

Ils se sont organisés, ils ont mené un brainstorm et ils ont retenu huit idées d’histoire. 

CONCILIATION TRAVAIL, FAMILLE ET SIDE PROJECT 

« Super intéressant tes side projects, mais pas très bons pour la conciliation travail/famille 😉  Le mouvement des « slackers » est vraiment derrière nous. »  

Christian Latreille m’a envoyé ce commentaire après la publication de mon premier texte sur les side projects. Il a raison : alors qu’on a à peu près tous l’impression de manquer de temps, parler de projets parallèles au boulot, ça peut avoir l’air off. Je me suis posé sérieusement la question avant de publier ce texte: est-ce que je fais la promotion de l’hyperperformance? Je ne voulais pas aller là. 

Alors, comment gère-t-on un projet passion sans trop se fatiguer? 

Ça va avoir l’air simplet dit comme cela, mais le projet parallèle au boulot doit être mené au rythme du créateur, c’est-à-dire à un rythme confortable, sans deadline (du moins, au début).  Attention au syndrome du manque de temps (time anxiety)!

C’est ainsi que Pascale et Alexandre ont abordé la chose dans les premiers temps, avant qu’El Kapoutchi devienne une production balado radio-canadienne et que les dates de livraison s’imposent. 

Mais bon, même si l’on prend ça relax au début, la réussite d’un side project repose sur une bonne organisation. 

Ces temps-ci, Pascale et Alexandre se réservent des moments pour El Kapoutchi les soirs et les week-ends. Et quand il se sent inspiré, Alexandre se branche le matin et il écrit. « Mais seul, je n’y arriverais pas », dit-il.

C’est parce qu’ils sont deux, deux créateurs qui se soutiennent et qui sont sur le même beat, que le projet El Kapoutchi a aussi bien grandi. 

Le duo écrit ses histoires ensemble et ça se passe admirablement bien – ce qui est plutôt rare, m’ont-ils dit. Ils travaillent chacun de leur côté en fonction de leur horaire, mais la fondation de chaque histoire se fait en mode présentiel, au cours d’une tempête d’idées. 

Une fois qu’ils ont les grandes lignes de l’histoire et le champ sémantique, ils poursuivent l’écriture à distance. C’est l’étape la plus douloureuse du processus, mais c’est aussi celle qui leur en a appris le plus sur leurs capacités créatives. 

LES LEÇONS D’EL KAPOUTCHI 

« C’est nous à 100 %. C’est le projet dont je suis le plus fière », affirme Pascale. 

Elle ajoute qu’El Kapoutchi lui a permis de développer sa fibre artistique. Il lui a donné confiance en ses idées, qu’elle affirme maintenant avec plus de conviction. Son expérience fait écho à une étude que j’aime bien citer, celle de Kevin Eschlman, un psychologue organisationnel de la San Francisco State University, qui conclut que les projets créatifs réalisés en dehors du boulot ont un effet direct sur la performance, la créativité et le sentiment de contrôle

Quant à Alexandre, le projet l’a rapproché de l’artiste en lui. Ok, ça sonne un peu ésotérique, mais c’est ça pareil! 

Ses auditeurs.trices savent qu’il est un animateur extraordinairement créatif. Ça s’entend : sa voix est teintée du désir d’amuser et de surprendre (ayant travaillé avec lui, je peux dire qu’il est l’un des collègues les plus drôles que j’ai jamais eus!). Mais l’envie d’explorer les limites de son imaginaire l’habitait depuis un bon moment et El Kapoutchi lui a donné cette nécessaire liberté.  

À mon avis, si leur création résonne autant auprès de leur public, c’est parce qu’elle est empreinte de leur fougue. Une fougue alimentée de gros fun et de rigueur.

Et bien sûr, il y a le talent naturel pour raconter de bonnes histoires.  Un jour, après avoir fait une lecture dans une classe, Alexandre a reçu un remerciement bien spécial : « merci pour le film! » 

Je reviens à leur moteur : la passion. C’est le cœur battant d’El Kapoutchi. 

Pas étonnant qu’il passe si bien de l’audio au livre. Et pourquoi pas à l’écran? 

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