Des hobbies pour sauver le monde?

À l’été 2018, 12 joueurs de soccer thaïlandais et leur entraineur sont restés coincés dans une grotte après une montée soudaine des eaux. Le monde entier a été suspendu à ce sauvetage hors norme mené non pas par des secouristes expérimentés, mais par des passionnés de spéléologie. 

Des Britanniques plus trop jeunes qui, dans leurs temps libres, repoussent les limites de la plongée dans des cavités souterraines. Un passe-temps qu’ils prennent très au sérieux.

Mais ils étaient loin de se douter qu’un jour, leur passion ferait d’eux les héros d’une des plus grandes histoires de persévérance de ces dernières décennies. Et que, sans leurs connaissances et leurs habiletés mésestimées, le dénouement aurait été moins heureux que celui raconté dans le documentaire The Rescue, offert sur Disney +. 

Ce film plairait sûrement à Thom Strizek, un homme qui collectionne les passe-temps « utiles » comme le travail du bois, la réparation d’ordinateur et d’automobile, la fabrication de fromages et l’écriture, entre autres choses. Outre une passion manifeste pour le travail manuel, ses hobbies possèdent le caractère opérationnel de la tactique qui le libère de l’emprise atrophiante du solutionnisme numérique.

World will be saved by hobbiests! All you have to do is to live without what this smartphone represents.

Thom Strizek

Hormis le caractère sombrement survivaliste de son discours  – « qu’allez-vous faire quand il n’y aura plus d’électricité, han? » – Strizek met en évidence les bienfaits du passe-temps, qui vont bien au-delà de la détente et du plaisir. 

Ils font des humains plus en santé, plus sociables, plus performants, et surtout, plus utiles à la société, car ils cultivent un intérêt qui participe de la diversification des connaissances du monde. Et ça, ça nous tire vers le haut, non?

Oui, mais le hobby n’est pas cool…

Les bienfaits du passe-temps pour la santé mentale et physique sont bien documentés, mais sa pratique demeure dans l’ombre des tendances en matière de loisirs ou de développement personnel. Pourtant, il y aurait de quoi en faire un mouvement culturel! 

Selon cette étude du MIT, il en sera ainsi jusqu’à ce que leur valeur soit reconnue par les créateurs de tendances que sont les « Yuppies » (Young Urban Professionals).

There are common misconceptions around creative hobbies and the people engaged in them. One is regarding time : people who do not participate in creative hobbies tend to believe they either “take too long,” “are a waste of time“ or are “for people with too much time on their hands.” There is also a prevailing stereotype of the person dedicated to a creative hobby, as described in a recent Mintel report: “a stereotypical crafter is described almost always as female and usually quiet or reserved in demeanor, albeit unique in  appearance.”

– Blumencweig, From Pastime to Purpose: Design for the Elevation of Creative Hobbies.

Le workism nuit également à la reconnaissance populaire du passe-temps créatif. Je ne vous apprends rien en vous disant que chez certaines personnes, le travail est tout : un jeu, une passion, une raison d’être. Il arrive alors que les temps libres soient réinvestis dans le travail  – ou la machine à gratifications.

Ça marche tant qu’on ne frappe pas une crise, conclut l’autrice.

On constate alors à quel point il est irréaliste de donner un sens à sa vie par l’entremise d’un emploi qui peut être supprimé en un après-midi. Les passe-temps créatifs – et les side projects – deviennent ainsi, dans le contexte professionnel d’aujourd’hui, des actes de résistance pour évoluer à l’abri des impératifs de productivité.

*** 

Je reviens aux héros de Rescue.

Leur entourage n’approuvait pas leurs occupations du dimanche. Ils les trouvaient fous, et avec raison : pourquoi se fatiguent-ils à mener des expéditions aussi dangereuses alors que ce n’est pas leur métier?

Dans le documentaire, chacun dévoile la genèse de sa passion pour la spéléologie. Pour certains, elle s’est présentée comme un accès vers un autre monde où ils se sentaient bien, où ils s’épanouissaient, contrairement à celui en « surface » où ils ont parfois été déçus.

Mais dans tous les cas, il appert que la fréquentation des cavernes relève d’un authentique engagement de cœur.

Oui, ils ont la chance d’être nés dans un pays riche et d’avoir du temps libre pour faire quelque chose qu’ils aiment. Un luxe qui n’est pas donné à tout le monde, c’est vrai, mais la vérité est que la plupart d’entre nous avons de « mauvais placements » de temps qui pourraient être investis dans le développement de cette chose que l’on appelle passion. Et une passion en dehors du boulot, pour l’amour!

Voilà peut-être le meilleur des atouts en ces périodes d’incertitudes.

Pour vous inspirer davantage, je vous propose cette lecture : Hustle History : the past of pastimes

Photo : Jonathan Mabey (Unsplash).

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