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Ce que j’ai découvert sur l’univers des side projects

Ce blogue change de direction. Pas que le financement participatif ne m’intéresse plus, au contraire, mais avec le temps, j’ai réalisé que mon sujet m’empêchait de regarder plus haut. J’avais de plus en plus l’impression de piocher à côté de ce qui me passionne vraiment : les projets indépendants. En particulier les side projects menés en dehors du 9 à 5, parce qu’ils sont à la portée de toutes et tous et les bénéfices qu’on en retire sont sous-estimés.

J’ai toujours eu un projet en parallèle à mon travail et à mes études. À l’université, j’ai animé une émission à CHOQ et je me suis impliqué comme bénévole à l’organisme La rue des femmes, en plus de ma job de serveuse. Une fois sur le marché du travail « officiel », à Radio-Canada, j’ai lancé mon premier blogue (très brouillon, j’essayais des choses) et je suis retournée à l’université pour faire une maîtrise en communication. Mes recherches ont donné lieu à des projets de rédaction et de formation autour du financement participatif et une implication sur un conseil d’administration.

Explorer, essayer, oser se planter et apprendre. Il faut une certaine part de liberté pour s’approprier ces verbes et je pense qu’on est plusieurs à aborder nos projets parallèles de cette manière, c’est-à-dire comme des « espaces à soi » où l’on crée en nos propres termes.

Avec Projets 5 à 9, je veux comprendre comment certaines personnes arrivent à mener seules des projets qui marchent et qui contribuent positivement à leur identité professionnelle. Dans le fond, mon side project sur les side projects est pour moi une façon d’analyser ce monde de l’intérieur, afin d’identifier les dynamiques de création et les obstacles qui peuvent nuire à l’évolution du projet.

À lire : mon entretien avec Jonathan le Prof, l’enseignant qui sait parler aux jeunes et au ministre

Types de contenus qu’on trouvera sur Projets 5 à 9 toutes les deux semaines :

  •  Des entretiens avec des porteurs de side project. Comme tout part d’une bonne histoire, je vais me faire plaisir en révélant celles de passionnés dans différents domaines.
  • Des suggestions de lectures, des balados et des chaînes YouTube, de même des outils et des stratégies pour lancer son side project et pour le monétiser.
  • Dans quelques mois : une infolettre mensuelle.

J’en profite pour souligner que le terme « side project » apparaîtra souvent en anglais. C’est l’expression employée dans le secteur des technologies et de l’innovation, ainsi que dans la littérature qui traite du sujet. Et ça ne peut pas nuire à mon SEO!

Je vois de nombreux aspects positifs aux projets parallèles, mais mon but n’est pas d’en faire un exercice de coaching de vie du genre « découvre l’artiste en toi et tu connaîtras le succès! ». Je suis consciente que la pression de l’accomplissement de soi n’est jamais bien loin de la pratique du side project. Je tâcherai d’y faire attention, car c’est un vrai poison.

SIDE PROJECT OU PROJET PARALLÈLE : PLUS QU’UN PASSE-TEMPS

Le concept du projet parallèle au boulot n’est pas nouveau. D’ailleurs, des compagnies comme Apple, Twitter et Craiglist sont toutes issues d’un side project. Or, il m’apparaît plus valorisé depuis quelques années. Je ne compte plus le nombre de balados, de chaines YouTube et d’infolettres qui se multiplient dans mon réseau.

Peut-être même davantage avec la pandémie? 

En tout cas, un bon side project peut ouvrir des portes professionnelles. Ximena Vengoechea, autrice, illustratrice et chercheuse dans l’univers des technologies, avance même que les side projects peuvent être les nouveaux CV :

« These days employers are more likely to know you better after googling you than reading your resume. They’ll get a good snapshot of your interests and personality through what you’re working on, and maybe even click around. »

Les side projets pourraient donc être des stratégies de mise en valeur dans un marché de l’emploi hautement concurrentiel où l’individu doit se distinguer des autres en cultivant sa singularité. 

C’est ce que défend le journaliste économique Adam Davidson dans son livre Passion Economy : The New Rules for Thriving in the Twenty-First Century. Dans un monde où la technologie redéfinit le marché du travail et abolit des secteurs d’emploi au passage, il dit qu’il faut être plus attentif à ce qui nous rend uniques. Comment? En misant sur ce que l’on sait bien faire et en adoptant la posture de l’apprenant. Il est aussi impératif de maîtriser les plateformes numériques pour exposer ce que l’on fait, et éventuellement, le monétiser.

L’auteur du blogue et infolettre Sauce writing, Valentin Decker, a publié une très bonne synthèse des analyses réalisées sur le phénomène des side projects en s’intéressant notamment à ses racines économiques. C’est lui, d’ailleurs, qui m’a mis sur la piste de l’économie de la passion où les « les individus se monétisent eux-mêmes, et leur passion ». Le coup d’envoi aurait été donné par des plateformes comme Patreon, Substrack ou Tipeee, qui proposent un financement participatif par abonnement ou par microdons. Si vous voulez en savoir plus sur ce type de financement, je vous invite à lire mon analyse sur le site du FMC.

Mais attention : l’économie de la passion ne dit pas de tout lâcher pour suivre sa passion! Ce discours ne mène nulle part. Elle dit plutôt de commencer par porter attention à ce qui nous fait nous sentir bien, à ce dans quoi on est bon, et de se lancer à petits pas.

Je suis tentée de concevoir les side projects comme des actes de résistance à des « […] formes d’exploitations qui séparent l’individu de ce qu’il produit. » (Foucault, « Le sujet et le pouvoir » dans Dits et écrits). Le side project est en parallèle, car il n’est pas l’occupation principale, le cadre à l’intérieur duquel l’individu est invité à produire des résultats, à évoluer et on l’espère, à se réaliser professionnellement. Pour certains, ce cadre est trop limité.

Je cite un autre philosophe, cette fois De Certeau avec L’invention du quotidien, qui aborderait sans doute la tenue d’un projet parallèle au travail comme une tactique qui correspond à « [la] capacité de faire un ensemble nouveau à partir d’un accord préexistant […] », afin de créer sa propre narrativité. 

Donc un side project, c’est sérieux. Ce n’est pas un passe-temps. Mais quelle est la différence entre les deux?

Dave Jarman, professeur de l’Université de Bristol, est fasciné par le monde de l’entrepreneuriat. Il a réalisé une étude qualitative sur le phénomène des side projects dont les résultats ont été présentés dans un Ted Talk. 

Jarman insiste : un side project n’est pas un passe-temps, bien qu’ils relèvent tous les deux d’un investissement du coeur. Le passe-temps se fait de manière continue, il n’a ni début ni fin, et il n’a pas de cible spécifique outre le plaisir. 

Il fait la distinction à partir des éléments suivants :

  • Le side project fait appel à des compétences professionnelles.
  • Le side project favorise l’apprentissage de nouvelles compétences ou de capacités.
  • Éventuellement, le side project devrait être monétisable, mais ce n’est pas un passage obligé.

Le side project mène donc à la production OU l’apprentissage de quelque chose sur le plan professionnel.

LES PIÈGES DU SIDE PROJECT

Avant de se lancer, il faut être honnête avec soi-même et se demander ce qu’on veut aller chercher. Est-ce un réseau, de l’argent ou de nouvelles compétences? Il faut se poser cette question, car une fois le projet lancé, la production doit être régulière. Ce qui est plus facile à dire qu’à faire, croyez-moi!

Dans ce guide sur l’équilibre entre le travail à temps plein et le projet créatif en parallèle, on insiste sur l’importance des habitudes et de la constance. Comme dans toute chose, c’est ainsi qu’on peut espérer des résultats.

« Attention! », dit toutefois l’auteure et entrepreneure Jodie Cook, une des rares critiques du side project. D’abord, parce qu’un projet en marge du boulot peut être très énergivore. Puis il ne faut pas s’investir à moitié, car ce dernier peut s’inscrire dans votre histoire professionnelle, pour le meilleur et pour le pire. Comme certaines campagnes de financement participatif qui ont échoué; les pages demeurent actives longtemps et ressortent parfois dans les résultats de recherche…

Avant de se lancer, elle suggère de considérer très attentivement les questions suivantes : 

  • Est-ce que le side project vient simplement pallier le manque de motivation professionnelle? Et s’il était préférable de vous investir davantage dans votre travail principal?

Selon elle, l’évolution personnelle passe par une saine gestion de l’énergie pour préserver la concentration. Il vaudrait mieux en faire moins, mais mieux. Au pire, si le coeur n’y est plus, changez de job!

  • Souhaitez-vous que votre projet 5 à 9 remplace votre 9 à 5?

Si c’est cela, ok.

  • La décision de lancer un side project vient avec une réorganisation de votre temps. Le temps et l’attention ne sont pas des ressources infinies. Qu’est-ce que vous êtes prêts à abandonner?
  • Est-ce que le side project « additionne ou multiplie »?

S’il multiplie, c’est qu’il fait augmenter la valeur des autres investissements professionnels; s’il additionne, c’est qu’il n’apporte rien à ce qui est déjà en place. Il donne lieu à plus d’apprentissages et de recherches dont les autres sphères de votre vie ne bénéficient pas.

Cela m’a beaucoup parlé. Pour les personnes que j’ai interviewées jusqu’à présent, cela ne fait aucun doute; le side project nourrit leur cheminement professionnel principal. Mais pour d’autres créateurs, le side project ne fait pas de lien direct avec la carrière, puisqu’il répond à d’autres besoins qui participent à notamment l’épanouissement de la personne. Un bon projet parallèle pourrait-il se situer entre les deux?

ET LA MONÉTISATION?

Je vais aussi parler d’argent. Parce que c’est un domaine que je connais bien, et aussi parce qu’un bon side project est fréquemment jugé à l’aune de sa rentabilité. Or, il peut être très enrichissant pour le créateur sans toutefois rapporter de l’argent, ou du moins, pas à court terme.

Par exemple le projet Nouvelles intimes, sur l’industrie et le travail du sexe, est gratuit. « Notre projet, s’il avait été payant, aurait rendu moins accessible à plusieurs personnes ce dont nous sommes si fières de montrer comme témoignages et nuances dans nos reportages. », m’a dit Melody Nelson, l’une des fondatrices. Dans cet article du Devoir, on apprend qu’elles envisagent éventuellement un abonnement payant dans le but de rémunérer de futures collaborations.

Avant de penser à la monétisation, quelques devoirs incombent au créateur dont celui d’identifier la valeur de sa production et son public cible. Ce n’est pas si simple un créateur qui travaille seul! Une raison de plus pour se faire les dents sur un side project, pour voir si la pâte colle au mur. 

Puis un moment donné, on peut voir s’ouvrir de petites portes : des entrevues, des collaborations, de nouvelles opportunités professionnelles… Tant de possibilités quand on cultive ce qui nous allume en dedans. 

Sur ce, je me lance! J’ai très hâte de vous présenter mes prochains entretiens. Après celui avec Jonathan le Prof, que je vous invite à lire dès maintenant, je vous présenterai le travail de Lysa-Marie Hontoy, fondatrice et directrice de l’organisme Humain avant tout.

N’hésitez pas à me faire part de vos idées, de vos expériences, de vos commentaires ou de vos critiques!

À bientôt!

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