Humain avant tout : le side project qui change des vies

Quand on demande à Lysa-Marie Hontoy ce qu’elle fait dans la vie, elle répond sans hésiter : doctorante en psychologie clinique. Parfois elle ajoute qu’elle travaille aussi pour l’organisme qu’elle a fondé, Humain avant tout, dont l’objectif est de briser les tabous entourant la santé mentale en publiant des témoignages sur les médias sociaux. Autrement dit, elle est la directrice de ce jeune OBNL qui a fait rapidement sa place dans le monde de l’entrepreneuriat social. 

Et tout cela a commencé par un projet personnel parallèle aux études.

👉 Pourquoi je m’intéresse aux porteurs de side projects (ma démarche)

La première fois que j’ai entendu parler de Humain avant tout, c’est par l’entremise de Joanie Lacroix, fondatrice de Pastel Fluo, avec qui je réalisais une entrevue pour un article sur l’effet spectateur dans le financement participatif. Elle m’a alors parlé de son amie, Lysa-Marie, qui s’apprêtait à lancer une première campagne de sociofinancement pour son organisme qui oeuvre dans la lutte contre la stigmatisation de la maladie mentale. J’ai écrit à Lysa-Marie pour lui proposer de l’aider à monter sa campagne. 

Mon implication comme bénévole m’a semblé essentielle, car non seulement la mission me touchait droit au coeur, mais je me voyais beaucoup dans la démarche de Lysa-Marie. Elle avait réussi à créer un concept simple, inspirant, en parfaite cohérence avec la façon dont nous avons toutes et tous, de plus en plus, de nous connecter aux autres : les médias sociaux. Bref, c’est le projet que j’aurais voulu mettre au monde, mais je n’y serais pas arrivée mieux que Lysa-Marie et son équipe.

Mettre au monde un projet profondément personnel

C’est en faisant des recherches sur le concept de side project que j’ai découvert l’un des rares bons balados sur le sujet, Out of Hours, dont la mission consiste à aider des créateurs à lancer et poursuivre leur projet parallèle. L’approche est humaine et réfléchie, l’accent est moins sur la monétisation que le vécu de la personne. J’aime, et j’avoue que je m’en suis inspirée pour mon nouveau blogue. 

En lisant le descriptif du balado, j’ai fait des liens évidents avec l’expérience de Lysa-Marie. 

Starting and progressing an idea you are passionate about is still surprisingly difficult. One reason is that side projects are deeply personal. We reach mental blockers : we get imposter syndrome, we become our own worst critics, we stop keeping promises to ourselves to set aside time, and find ourselves lacking crucial skills to get to the next level. For side projects to flourish, it helps to have a strong network, accountability and self belief.

Out of Hours

Le projet d’Humain avant tout existait depuis quelques années dans la tête de Lysa-Marie. Étudiant la psychologie, mais connaissant aussi, personnellement, les effets destructeurs de la stigmatisation de la maladie mentale, elle avait cerné ce besoin, essentiel : libérer la parole des gens qui souffrent en silence.

Lancé officiellement à l’été 2018, après avoir profité d’une « pause » d’un mois et demi entre deux sessions universitaires, Humain avant tout est la manifestation d’un puissant « calling » pour la fondatrice. Un projet du coeur qui a pris une ampleur inattendue. 

Les événements se sont enchaînés rapidement. En peu de temps, elle s’est retrouvée à donner des entrevues à la radio et Rima Elkouri a fait un beau portrait de son projet dans La Presse. Ça faisait pas mal de nouvelles situations à gérer, mais heureusement, elle était bien entourée.

Je n’aurais jamais pensé que ça aurait pris cette ampleur-là. Quand j’ai lancé Humain avant tout sur Instagram, je me suis dit ça allait peut-être résonner, peut-être pas… Je n’avais pas envisagé que c’est le chemin que Humain avant tout allait prendre. Tu sais, c’est tellement simple comme concept! J’ai l’impression d’avoir été prise dans un tourbillon pendant un an et demi. La première année a été intense.

Le danger avec les projets du coeur, c’est de s’investir jusqu’à s’oublier. Le plaisir qu’on éprouve à le réaliser est écorché par le stress, la fatigue, l’impression de ne pas y arriver. Lysa-Marie a compris cela rapidement. Il lui a fallu apprendre une foule de choses en un temps record (voir plus bas), en plus de donner des entrevues dans les médias. Plusieurs entrevues. « Je n’avais jamais fait ça de ma vie! »

Alors oui, il lui est arrivé de vouloir abandonner le navire, mais étrangement, au risque de flirter avec l’ésotérisme, la vie lui rappelait de ne pas lâcher.

Souvent, quand je me remettais en question, il y avait des signes qui disaient « ben non, continue! ». Je me faisais approcher dans la rue, on me disait « Wow, je ne peux pas croire, j’ai lu quelques témoignages et ç’a m’a aidé, merci! » Puis est arrivé l’article dans La Presse, l’histoire de Marie Anne et de Francis qui ont eu un bébé. Cela est arrivé à un grand moment de doute.

L’histoire de Marie Anne et de Francis est incroyablement touchante. Ces deux personnes, qui ont vécu des deuils déchirants, se sont rencontrées par le biais d’Humain avant tout. Ils ont commencé à s’écrire suite au témoignage de Marie Anne, puis ils se sont rencontrés et sont tombés amoureux. Ils ont nommé leur bébé Aube. Allez lire cet article, c’est l’une des plus belles histoires d’amour que je connaisse.

Ce qu'il reste de beau - La Presse+

Imaginez comment Lysa-Marie s’est sentie!

Je me suis dit : « J’ai envie de continuer ce projet-là, mais ça ne sera pas viable si je ne peux pas faire en sorte d’être rémunéré. » Renoncer à un salaire, ça n’avait aucun sens, surtout aux études parce que ma situation financière était déjà précaire. Je ne pouvais pas faire du bénévolat par-dessus ça. Si je voulais que le projet vive, il fallait que moi aussi je puisse en vivre d’une certaine façon.

De projet parallèle personnel à OBNL

À peu près tous les projets parallèles qui connaissent une croissance rapide propulsent leurs créateurs à une première et difficile croisée des chemins; soit poursuivre, mais en se dotant de moyens, d’outils et de stratégies pour maintenir l’évolution, soit laisser aller et éventuellement abandonner, par manque de temps, d’énergie ou de vision. 

Lysa-Marie est passée par là. Mais parce qu’elle pouvait compter sur une bonne équipe, et aussi parce que le projet avait une forte valeur sentimentale à ses yeux, car de toute évidence sa mission faisait une différence dans la vie de sa communauté, elle devait poursuivre. 

La prochaine étape était donc d’officialiser Humain avant tout et d’en faire un véritable organisme à but non lucratif. 

Humain avant tout grandissait et ça prenait de plus en plus de temps à gérer. J’ai voulu faire une demande de subvention et j’ai alors réalisé qu’il fallait être enregistré comme OBNL […]. Donc, j’ai appris sur le tas. Jamais je n’aurais pensé être la fondatrice d’un OBNL pendant mon doctorat!

Une démarche courageuse qui s’est avérée « payante » pour la mission, puisque le titre officiel d’OBNL permet d’asseoir sa crédibilité et d’un point de vue stratégique, à le positionner auprès des gouvernements et de la population. On ne parle plus alors d’un side project personnel, mais d’un projet communautaire d’envergure.

Pour Lysa-Marie, cela signifie un nouveau titre professionnel – même si elle jongle encore difficilement avec cela! – et une série d’apprentissages nourrissants.

Il y a quelque chose que j’assume moins… Directrice, gestionnaire, entrepreneure sociale – d’ailleurs, ce titre-là est bizarre, car à la base, je ne me suis jamais dit : « Je vais être entrepreneure sociale ». Parce que tout part de la passion.

Ce qu’on apprend sur le tas et ce qu’on devient

Valentin Decker, un auteur français qui se spécialise dans les projets parallèles, a écrit une chose qui, je crois, est la phrase qui exprime le mieux ce à quoi sert un side project : « ils nous apprennent à apprendre ».

Un side project peut donner lieu à des situations inédites et quand on commence, on n’a pas nécessairement les connaissances et les compétences pour les affronter. Qu’est-ce qu’on fait? On fonce et on apprend!

On apprend aussi beaucoup sur soi-même.

Je suis la directrice d’Humain avant tout, je prends les décisions, je délègue et je me découvre à travers ça. D’ailleurs, mon travail de thérapeute influence positivement mon travail de gestionnaire, parce que j’ai à coeur d’être à l’écoute de mon équipe.

Son constat rejoint directement certaines des observations d’une étude menée par un psychologue organisationnel de la San Francisco State University, Kevin Eschlman. Réalisée en 2014, celle-ci s’intéresse aux bénéfices des activités créatives en dehors du travail. Leurs conclusions révèlent que les personnes qui s’adonnent à ce type d’activité sont plus « relaxes », qu’elles ressentent un plus grand contrôle sur leur vie et qu’elles sont aussi plus performantes… au boulot. 

Certains participants ont aussi affirmé avoir l’impression de découvrir quelque chose sur eux-mêmes : « they also talk about this idea of self-expression and an opportunity to really discover something about themselves, and that isn’t always captured with the current recovery experience models. » 

Lysa-Marie m’a parlé de la découverte de son côté créatif. Une capacité qu’elle a cultivée avec Humain avant tout.

Je suis toujours amenée à être plus créative, à penser à comment le projet pourrait se réinventer et s’arrimer à la réalité des gens. Et aussi, comment aller chercher des fonds et trouver différentes façons d’en obtenir!

Ce qui l’a mené vers le financement participatif en 2019. Je peux confirmer que la créativité était au rendez-vous. Non seulement l’équipe était bien organisée, mais aussi productive en idées originales, tant pour les contreparties que pour les communications. Et surtout, Lysa-Marie n’a pas hésité à mettre en oeuvre des collaborations avec des créateurs et des artistes. 

Des conseils pour la route

Lysa-Marie en a deux : prendre soin de santé mentale et bien s’entourer. 

Elle l’a répété plusieurs fois pendant notre entretien : il n’y aurait pas d’Humain avant tout sans une équipe. Or, cela ne veut pas dire qu’il faut absolument avoir un équipage avant de prendre la mer! C’est très correct de s’aventurer au large par soi-même. Pour voir si l’on aime cela, si l’on est prêt à s’investir dans un type de projet. Ensuite, bien, pourquoi ne pas faire monter du monde à bord!

Puis, concernant la santé mentale, Lysa-Marie rappelle que c’est facile de s’épuiser.

Quand on est motivé par un projet de coeur, des fois, on ne remarque même pas que ça fait 5 heures de suite qu’on travaille sans prendre de pause!

Capitaines, faites attention à vous.

Pour en savoir plus sur Humain avant tout, je vous invite à consulter le site web. Pour consulter les témoignages, il faut visiter la page Facebook et Instagram.

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